Trail

"J'aurais aimé être un oiseau, mais courir n'est pas mal non plus". (Bernd Heinrich)

Beaucoup s'accordent pour dire que la course à pied dope la libido et qu'elle libère des endorphines qui nous mettent à l'abri de la dépression.

C'est le genre de phrase qui va me permettre de vous garder accroché jusqu'à la fin du billet. Pourtant, je ne vous parlerai pas de sexe ni de vos hormones (vous pouvez d'ailleurs stopper ici votre lecture si vous êtes déçu !). Le sujet aujourd'hui sera le plaisir et plus précisément celui qu'on éprouve grâce à la course à pied. Le Larousse nous propose comme première définition du plaisir : état de contentement que crée chez quelqu'un la satisfaction d'une tendance, d'un besoin, d'un désir.

Pourquoi parler du plaisir aujourd'hui ? J'avais d'abord promis à Cris d'écrire un billet sur ce thème : "courir pour le plaisir". Cris a en effet pris une excellente résolution pour 2014, elle ne courra plus que pour le plaisir, ne pratiquera plus aucun entraînement spécifique qui la fatigue trop et l'empêche de croquer la vie comme elle en a l'habitude, avec une pêche d'enfer.
Le deuxième événement qui m'a donné envie de jeter sur le papier quelques réflexions, c'est le début de la saison 3 de Salomon Running TV (que vous pouvez suivre sur le net). Les deux premiers épisodes m'ont fait vibrer et m'ont permis de m'interroger sur mes réelles motivations. Qu'est-ce qui m'a lancée sur les routes et les chemins il y a 7 ans ? Qu'est-ce qui m'a poussée à y rester et à allonger de plus en plus les distances ? Qu'est-ce qui pousse de plus en plus d'entre nous à acheter une paire de baskets et à les user ? Bref, pourquoi court-on ? Pour se relaxer, pour être en forme(s), pour sa santé, pour oublier son examen du lendemain ou les humeurs de son patron, parce qu'on vous a dit que vous n'y arriveriez jamais, pour changer de paysage, pour se vider la tête ?
La saison 3 a été inaugurée le 30 octobre dernier avec un petit film nous montrant un biologiste américain célèbre, Bernd Heinrich, qui est aussi un coureur et qui vit en pleine nature dans le Maine. Selon lui, la course à pied est naturelle, accessible, simple, quelque chose qu'on peut pratiquer quand on veut et où on veut.


Courir, c'est être en mouvement, et le mouvement est l'essence même de la vie. C'est pour cela sans doute qu'on se sent si vivant quand on court. Courir est donc une nécessité.
Sentir le soleil, le froid, la pluie sur notre peau, n'est-ce pas se reconnecter avec la nature ? Quand on court, on redevient animal. On part braver les éléments ? Quelle sensation de liberté! Selon Bernd, "le plus important, c'est de courir, point à la ligne".

Le deuxième épisode, Home, nous montre Anna Frost (traileuse néo-zélandaise) qui visiblement revient de loin. Elle a été blessée, son moral est descendu très bas, courir n'était plus un plaisir pour elle et il lui a fallu longtemps avant de pouvoir remettre ses chaussures de running. Quand le plaisir n'est plus là, que se passe-t-il ? Philosophe, elle termine en disant que la course à pied, ce n'est jamais que la course à pied; "la course à pied, c'est juste un bonus, c'est notre passion, ce qui nous fait avancer. Si tu es déçu par la course à pied, ce n'est pas vraiment l'activité qui te déçoit, c'est toi-même. Il faut s'aimer tel qu'on est, parce que c'est tout ce que tu as" (traduction You Tube).


J'aimerais pouvoir encore courir longtemps, comme mon compagnon de route le 24 novembre dernier qui avait 66 ans et 18 Olne-Spa-Olne derrière lui; j'espère pouvoir encore très souvent me dire après avoir couru, comme Fred, que même s'il fait un temps de chien dehors, cela valait la peine de se lever tôt pour aller courir. Au début, j'avais dans l'idée de vous écrire un billet, drôle et léger, pour finir, je me suis fait rattraper par la philosophie et même par la métaphysique. Loin de moi l'idée d'être une donneuse de leçons, genre "il FAUT courir pour le plaisir". Je voulais tout simplement vous livrer mes humbles réflexions et surtout vous souhaiter une nouvelle année de course à pied au cours de laquelle vous pourrez partager de bons moments avec des potes, vous amuser, être fier de vous (mais pas trop quand même, on ne sera quand même jamais médaillé aux J.O. !), sentir les rares rayons de soleil belge sur votre peau (très bon pour votre taux de vitamine D !), vous sentir libre et en communion avec la nature, être inspiré dans votre quotidien (j'ai écrit ce billet en courant, si, si !), admirer de nouveaux paysages (et même dépasser les frontières de la commune de Theux !).
Et ce n'est pas Rory Bosio, première femme  cette année à l'UTMB (7ème au classement général) qui va me contredire! Dailleurs, chère Rory, toi qui cours comme si tu entrais sur scène pour danser Casse-Noisettes à l'opéra de Paris, je te laisse le dernier mot : “Don’t take it too seriously. Yes, you have to put in the necessary training in order to be able to run 100 miles. But it should be fun ! Instead of viewing it as a race, change your perspective so as to not put so much pressure on yourself.”*

Je vous souhaite une année 2014 de course plaisir !

Laurence

* "Ne prenez pas cela trop sérieusement. Oui, vous devez vous entrainer suffisamment pour pouvoir être capable de courir un 100 miles. Mais cela doit être amusant! Au lieu de voir cela comme une course, changez votre perspective pour ne pas vous mettre trop de pression."

La Meuse relate nos exploits au Trail de la Reid

La Meuse Verviers de ce jeudi 30/05 consacre un petit article au Trail de La Reid et parle donc inévitablement de nous !

Trail de la Reid 2013

Emission sur les limites du corps

La radio France Culture vient de réaliser une émission sur le thème "Que peut le corps ?".

Le sujet est abordé à travers l'expérience en courses extrêmes de Sébastien Chaigneau, ultra-trailer français bien connu (plusieurs fois dans le top 3 à l'UTMB).

C'est d'autant plus intéressant qu'il n'est pas uniquement question des performances de l'élite. L'émission traite de la notion de plaisir. Du fait que le mental prend très vite le dessus sur le physique quel que soit le niveau du coureur. De la capacité du corps à gommer des douleurs en cours d'épreuve. Des risques. De la comparaison entre les hommes et les femmes. De l'âge des coureurs. Et de l'observation que dans ce type d'effort, l'admiration va dans les deux sens : les derniers classé sont admiratifs des performances des meilleurs mais ces-derniers sont tout aussi épatés par la capacité des moins rapides à réaliser un effort de bien plus longue durée qu'eux.

Les sensations en course, le ressenti, les images auxquelles on se raccroche... tout cela est très bien décrit par Sébastien Chaigneau. Ses propos sonneront très juste auprès de ceux d'entre vous qui se sont déjà frottés à de longs trails et donneront sans doute envie aux autres de s'y coller un jour.

L'émission dure une heure. Evitez peut-être les 3 premières minutes qui sont aussi inutiles que laborieuses :

Dimanche, je suis allée en Egypte...

olne.jpeg

… ce billet aurait aussi pu s'appeler "courir avec ou sans musique". En fait, depuis le début du blog des Boitheux, j'avais envie de vous écrire un article sur ce sujet. Puis Olne-Spa-Olne approchait et je me disais que je vous livrerais mes impressions si j'arrivais au bout de la course. Et voilà, on est mardi et aucun des deux textes n'a vu le jour. Je suis lente, très lente, mais j'ai le sens pratique, je vais donc gagner du temps en combinant les 2 sujets, histoire que vous ayez quand même quelque chose à vous mettre sous la dent plutôt que rien.

Quand je pars courir seule, je visse presqu'à tous les coups dans mes oreilles des écouteurs vert pomme. La musique me donne le rythme au début ou m'encourage quand le coup de mou arrive. David Bowie et Freddy Mercury me mettent sous pression, Muse m'ordonne d'accélérer, et Nina Simone me ramène au calme. Je peux tout écouter en courant même de la musique classique (une petite sonate de Bach sur un chemin couvert de feuilles dans la lumière automnale, c'est juste de la magie!). J'écoute toujours à fond au risque de ne pas entendre les 50 vététistes qui attendent derrière moi en se marrant que je me bouge du chemin. C'est surtout sur les longues distances que la musique se révèle être d'une aide précieuse. La musique distrait, elle vous empêche de penser à la douleur ou à la faim, il suffit de mettre sa "power song" (celle qui vous ramène du 36ème dessous aux plus hauts sommets) pour voir les genoux se soulever plus haut, la foulée s'allonger et les ailes pousser.

Mais la course à pied, ce n'est pas qu'allonger la jambe en cadence. La meilleure musique du monde ne pourra pas vous pousser à sortir les soirs d'hiver pour courir. J'aime le "social running" (ça sonne mieux qu'en français, désolée!). Courir à plusieurs, c'est motivant et c'est amusant. Quand on court, on cause. De tout, de rien. De nos ados qui poussent dans tous les sens et qui poussent parfois le bouchon un peu loin. De ce qu'on va manger pour le souper ou de la meilleure recette de cannelloni aux épinards du monde. Des bons plans pour les vacances et du temps qui passe trop vite. Ça va de la conversation la plus banale à la plus philosophique (y aura-t-il de la neige à Noël? Dieu existe-il? Faut-il être un optimiste?).

(C'est ici que vous vous demandez quel est le rapport avec l'Egypte. J'y viens…un peu de patience!)

Mon second sujet est Olne-Spa Olne, la course de 67 km qui a eu lieu ce dimanche 25 novembre. Je pourrais vous parler du vent à décorner les boeufs, des kilos de boue sur et sous les godasses, des pieds mouillés, des ongles qui font mal, des montées qui montent fort, des descentes qui descendent encore plus, des petits détours tordus, du thé chaud et des chips qui font du bien, de l'essuie-glace qui frotte, mais vous irez le lire sur d'autres blogs qui font ça mieux que moi.

(Et c'est là que vous allez voir comment je vais boucler la boucle et comment je suis arrivée en Egypte.)

Avant le départ d'Olne-Spa-Olne, je me suis demandé ( mais ça n'a duré qu'un quart de seconde) si j'allais prendre avec moi mon Ipod. Parce que, même si Jean-Pascal m'avait proposé de faire la course avec moi pour que je puisse arriver au bout, il n'est pas du genre à partager sa recette de mousse au chocolat! Pour finir, je ne regrette pas mon choix. Parce qu'un Ipod, ça ne vous porte pas votre ravito, ça ne vous tend pas la gourde quand vous avez soif, ça ne court pas plus vite que vous pour aller vous chercher un minestrone  quand vous êtes presque morte à Oneux, ça ne vous donne pas la main pour grimper une des dernières crapuleuses côtes, juste avant l'arrivée à Olne, "En Egypte"…

Laurence.

(merci gigantesque à mon sherpa - qui m'est si cher- et à Miss Dafalgan - elle se reconnaitra- qui apparaît là où on ne l'attend pas mais qui est toujours là quand il faut)