A Tor ou à raison ?

Tor mini jpBon d'accord, le titre est un peu facile. Mais la question mérite d'être posée. 336 km et 24.000 m de dénivelé positif à ingurgiter en maximum 150 heures... Est-il possible de survivre à cela ?

Jean-Pascal est déterminé à répondre positivement à cette question. L'UTMB à deux reprises, en 2013 et en 2015, c'était du pipi de chat. 169 bornes, c'était trop court pour lui. JP veut donc doubler la mise. Il s'attaque au Tor des Géants dès ce dimanche matin.

Le Tor des Géants, c'est un périple montagnard qui traverse 34 communes de la Vallée d'Aoste, en Italie. Une seule et longue étape de 336 km que JP va devoir gérer à sa guise pour boucler la boucle en moins de 6 jours et six heures. Pendant la course, il va devoir s'enfiler 25 cols à plus de 2000 mètres d'altitude, montera jusqu'à 3300 mètres et découvrira une trentaine de lacs du Parc national du Grand Paradis et du Parc régional du mont Avic notamment. Outre les 40 points de ravitaillement qui l'attendent sur le tracé, JP pourra compter sur 7 bases de vie où il piquera (ou pas) un micro-roupillon et se fera soigner le cas échéant.

Voilà, tout est dit. Armé de son camelbak, de son GPS et de la photo de Laurence, le plus valeureux d'entre les Boitheux, l'Ocelot du Wayot, a pris son envol de Courmayeur ce matin à 10h00 avec 827 autres fadas. Il faisait beau, pas trop chaud (22°). Exubérant comme à son habitude, JP nous a fait trois rondades devant la caméra avant de s'élancer (non, je déconne...). On compte sur chacun d'entre vous pour le booster par la pensée. Notre homme est à moitié mentaliste. C'est sûr, il vous entendra crier jusque là.

Un aperçu du programme ? Cliquez pour voir en grand. Ames sensibles s'abstenir.

Profil tor 2016

 

Dimanche 11/09 - 19h45

"Lorsque j'entends ce prélude de Buc...". C'est sur un air connu que JP a entamé sa course : en mode "j'attaque". Pointé dans les 150 premiers après l'up & down inaugural à La Thuile (KM 18,8), il a ensuite été flashé à du 9 km/h de moyenne au passage de Riff. Defeyes dans une ascension où il avait déjà dégoûté une soixantaine de concurrents supplémentaires. Ok, il n'en est pas encore au dixième de son effort (28 km), mais le prochain pointage à Valgrisenche nous éclairera davantage sur le ton qu'il a décidé de donner à ses premières enjambées. Attendu à 20h53, il aura parcouru 50 km et sera face à son premier dilemme : déployer la tente Queshua dans cette première base de vie ou s'enfoncer dans la nuit pour exploiter à fond ces bonnes sensations...

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Dimanche 11/09 - 22h10

JP vient de quitter Valgriesenche il y a quelques minutes. Il y a dormi une petite paire d'heures. Avant cela, il avait envoyé un message peu rassurant à Laurence. Parti trop vite, il n'avait d'autre choix que de faire une pause sous peine d'exploser. La course semble plus difficile que prévu d'autant que les conditions météo se gâtent : la pluie vient de faire son apparition.  Mais il en faut davantage pour abattre notre ultra-boitheux. Il est maintenant parti à l'assaut du Chalet de l'Epée, bien aidé il est vrai par le doudou de Guillaume, lui aussi du voyage. Courage, les gars ! 

 

Lundi 12/09 - 7h00

Cela se confirme, la petite soquette d'hier soir a été réparatrice ! Elle avait repoussé JP de la 91ème à la 149ème place mais depuis qu'il est reparti, à 21h59, il a enchaîné deux cols de 2854 et 3002 m et repris sa place dans le Top 100 (non mais) ! Comme quoi, faut toujours écouter sa douce... Reparti d'Eaux Rousses à 6h33, il s'attaque maintenant à une gimpette de 1645 m de dénivelé qui l'emmênera au point haut du parcours : le Col Loson (3299 m). Il y dépassera le quart de cette course qu'il qualifiait hier soir d'inhumaine. Ça tombe bien, nous on le sait, JP n'est pas humain. C'est une machine à adrénaline enrobée de flegme et d'humilité. 

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Lundi 12/09 - 20h00

La formule a bien fonctionné hier soir, JP l'a donc semble-t-il répétée aujourd'hui. Arrivé à Cogne à 13h34, il a profité de cette seconde base de vie pour marquer sa deuxième pause, sa sortie ayant été pointée 2h38 plus tard. Comme notre ami communique peu (tu m'étonnes) et que l'organisation ne nous innonde pas vraiement de données, on doit se contenter de supposer. Le staff médical ne l'ayant pas empêché de repartir, il est forcément toujours d'équerre. D'autant que sa balise GPS indique qu'il a franchi le sommet de la Fenetre di Champorcher (2827 m) il y a quelques minutes. Moins de 8 km de descente le séparent de Chardonney où il aura couru 130 km de son Tor des Géants. Il ne lui en restera que 200. Une rigolade. 

 

Mardi 13/09 - 7h00

Enfin quelques nouvelles de notre doudou voyageur. Lors de la pause d'hier à Cogne, il a pu prendre une douche et a tenté de dormir mais le boucan dans le refuge n'était pas propice au repos (Scusi, scusi, c'est facile à dire scusi !). Pris de vertiges, de maux de tête, les oreilles bouchées, il présentait tous les symptômes du mal des montagnes mais le médecin se voulait raussurant : "ton corps va s'habituer, va fangoule !". Pas sympa, le mec. JP a raconté (si, si, JP raconte) sa grosse frayeur de la nuit précédente où un éboulement de pierres a failli emporter quelques concurrents. Mais plus de peur que de mal. Le poids des kilomètres commence à se faire sentir et les franchissements de sommets sont de plus en plus pénibles. JP sent qu'il va devoir lever le pied s'il veut aller au bout. D'auant que son alimentation n'est pas au top. Son palais étant irrité, seuls les yoghourts et le Nutella trouvent le Nutella coeurchemin de son estomac. Mais on sait que, chez JP, tant que le chocolat passe, tout va.

Serait-il atteint au niveau du moral ? Meuunon. Bon d'accord, il a promis de faire don de son camelbak, de ses bâtons et de sa paire de trails à son gamin en rentrant, mais on sait tous que dans les dix secondes qui suivront son retour, il négociera à prix d'or la récupération de ses compagnons de galère. Et même s'il jure aujourd'hui que son ultime défi à l'avenir se cantonnera à la côte de la piscine en descente le vent dans le dos, on sait tous qu'il ne mettra pas deux mois à nous préparer un nouveau truc improbable. En cachette, évidemment.

Hier soir, JP confiait qu'il avait hâte d'arriver à la 4ème base d'accueil, celle de Donnas, pour reprendre une douche (qu'il est coquet...) et refaire un somme. Une vraie marmotte, ce Boitheux ! Il y est arrivé cette nuit à 2h29 et, alors que pas mal de ses compagnons de dortoir prolongeaient la nuit, il est reparti sur la pointe des trails trois heures plus tard, le fourbe. Il a donc gagné une vingtaine de places et est à présent 83ème. La suite ne s'annonce pas forcément facile mais, s'il n'a pas encore atteint la mi-course (151 km), son compteur de cumul de dénivelé affiche 12.517 m. Plus de la moitié des ascensions sont donc derrière lui. 

Nana

Mercredi 14/09 - 7h30

Près de 70 heures (69h30) que notre cyborg est en route. Il est toujours là. Il avance, résolu à devenir un Géant, même si nous savons tous que, quoi qu'il arrive, il l'est déjà. Cette nuit a été difficile. Le dernier col qu'il a franchi (Pinter, 2776 m) lui a rappelé que son mal des montagnes ne le lâchait pas. Foutu médecin... L'accumulation de fatigue - il ne s'est arrêté que 11h05 depuis dimanche - rend aussi son pied moins sûr. Il a fait plusieurs chutes. Sans gravité, mais il doit être prudent. Et puis, ce qui arrive très souvent sur des efforts aussi long, il est victime d'hallucinations. Il voit des cabanes et des maisons au bord des sentiers de montagne. Quel bâtisseur, ce JP ! Hormis ces épisodes, le corps a pris goût à ces interminables yoyos. A peine une micro-ampoule à un orteil et une digestion qui a repris le dessus. Sans oublier un état général qui s'améliore. Hier soir, il était incapable d'utiliser un téléphone. Ce matin, il avait retrouvé le chemin des touches et sa voix était bonne. Arrivé à Champoluc (km 222), il allait dormir un peu avant d'attaquer le Col di Nana (où il risque d'halluciner sur autre chose que des baraques) puis d'entamer les 100 derniers kilomètres de sa course. Je l'ai toujours dit : ça file quand on s'amuse.

 

Tor15

 

Mercredi 14/09 - 14h00

Impressionnant. JP défie tous les pronostics. Attendu à la base de vie de Valtournenche à 13h34, il y est arrivé près de 40 minutes plus tôt. Un bain de pieds plus tard, il est reparti sans tarder. Les prévisions météo ne sont pas étrangères à son rythme infernal. Une forte dégradation est annoncée dans la vallée où il se trouve et il voudrait se mettre à l'abri à Cuney ou à Oyace avant l'arrivée de la pluie. JP est remonté à la 69ème place (cela ne s'invente pas) sur 580 coureurs encore en course. Il est premier belge avec plus de 6h30 d'avance sur le second.

Ollomont

 

Jeudi 15/09 - 7h30

L'organisation a immobilisé les concurrents au pointage de Cuney hier soir. Les prévisionnistes avaient vu juste. Des orages ont éclaté, rendant le parcours trop dangereux. On espère tous que JP ne s'est pas contenté de joyeusement deviser avec ses nouveau amis mais qu'il a profité de cet arrêt pour sucer son pouce... Ce matin, les zombies-fauves ont été relâchés. Le temps restera à la pluie ce matin mais une amélioration est attendue dans l'après-midi. On en saura plus sur l'état de forme de notre poulain à la dernière base de vie, celle d'Ollomont où l'horizon est bien bouché ce matin (voir photo webcam prise ce matin à 7h01. C'est joli Ollomont, non ?). Il y est attendu vers 9h10. Après cela, d'ici demain matin normalement, il ne lui restera que deux petits cols de rien du tout - Champillon 2709 m et Malatra 2936 m - avant de confirmer son statut d'idole et de prendre son petit déjeuner, parce que l'idole déjeune. Je sais, la fatigue me guette, moi aussi.

 

Jeudi 15/09 - 15h00

Il fallait s'y attendre, JP ne s'est pas éternisé à Ollomont. Y a rien à voir à Ollomont. Après une nuit passée sous la drache, il y a quand même enfilé ses derniers vêtements secs avant de lever la tête vers Champillon. Un col qu'il a rapidement digéré. A présent, il fond sur Bosses où il est attendu vers 17h20. Viendra alors l'ultime ascension du tracé, vers Malatara, puis, en début de nuit, la descente sur le refuge de Bertone. Il y retrouvera Laurence qui aura forcément survécu à son Pekin Express (voir ci-dessous) et qui l'attendra avec un cake aux pommes. Ou pas. Et c'est main dans la main et sur un air de chabadabada que se feront les 4 derniers kilomètres jusqu'à l'arrivée à Courmayeur où le dossard 1093 sera fêté comme il se doit. C'est pas beau, l'amour ?

 

Jp finisherVendredi 16/09 - 00h35

 

110 heures 34 minutes et 54 secondes après son départ, JP retrouve Courmayeur et se hisse sur la rampe des Finishers. L'émotion est palpable mais contenue, on ne le changera plus maintenant. Il balance un "c'était quand même un peu dur" avec un air qui pourrait laisser penser qu'il a vaguement souffert en remontant deux brouettes de bois de la cave. Mais non, il vient juste de terminer l'une des courses les plus sélectives qui soient, de s'enfiler 335 km et près de 31 kilomètres de dénivelé positif (mais pourquoi n'annoncent-ils "que" 24.000 ?) et de se classer à 56ème et 1er Belge du Tor des Géants !

Restés en Belgique, réduits à l'émotion par procuration, nous restons tous sans voix par rapport à ce qu'il vient d'accomplir.

JP, tu entres au panthéon de l'ultra par la grande porte, tu es grand, tu es un Géant. Tu seras à jamais Géant-Pascal (merci Jean-Marc) ! On attend que tu nous racontes ça avec ta verve habituelle (ne change rien JP, c'est comme ça qu'on t'aime ;-)). On te laisse d'abord dormir quelques semaines parce que 14h42 de pause sur près de 5 jours de course, c'est pas du jeu...

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